
A Plouzané AC, un de leurs dirigeants a signé sa cinquantième licence. Il s’agit du trésorier, Francis Le Gall. Quelque peu amoureux de ce club qui lui est cher, le PAC, il le connaît en entier puisqu’il est né tout près du superbe complexe de « Trémaïdic ». A 66 ans, très alerte, l’œil vif, il vit le foot comme une véritable passion. C’est extraordinaire de voir comment il en parle. C’est vraiment un excellent exemple de fidélité, tout à son honneur. Nous lui avons demandé de se livrer à nos questions, ce qu’il a fait avec beaucoup de sérieux.
Bretagne Foot : « M. Le Gall, pouvez vous nous retracer votre carrière ? »
Francis Le Gall : « J’étais prédestiné à venir ici à « Trémaïdic » car je suis né juste à côté du complexe, à cent mètres environ. Sur une de mes premières licences, ma licence de « junior, » nous voyons très bien l’adresse qui est « Trémaïdic ». Quand j’ai commencé à jouer au football, c’était à L’Étoile St Sané, et, j’y suis rester jusqu’à mes 20 ans comme tout à chacun, à 20 ans, je suis allé faire mon service militaire qui durait 3 ans à cette époque.
Quand je suis revenu, j’avais ma vie professionnel à rempli, et, j’ai réintégré l’Étoile St Sanié toujours, ce devait être dans les années 1967 ou 1968 pour être ensuite secrétaire pendant sept ans, Président durant quatre ans et ensuite j’étais responsable de l’équipe des 18 ans. Là, j’ai fait un petit break de 3 ans. Je suis revenu comme trésorier, pour un banquier, c‘était tout désigné. Et j’avais eu, en tant que Président, la riche idée de recruter au Comité Directeur André Férélloc qui, depuis, est resté au Comité Directeur, et, qui va fêter ses 30 ans de dirigeant cette année.
Le PAC, c’est essentiellement une grande famille où chacun se sent un peu chez lui. Quand nous voyons le nombre de personnes qui passent au club tous les jours, ils y viennent par plaisir. Je crois aussi que l’esprit qui a guidé le PAC, c’est la formation des jeunes. Dans une commune où la démographie a explosé dans les années 1970, il était indispensable qu’il y ait des structures pour les occuper durant les temps libres et en leur donnant une formation morale. Gilles Boulouard, notre éducateur, me disait récemment : l’une des premières choses qu’il fait avec les débutants, c’est leur apprendre à dire « bonjour » en arrivant, et, « Merci » et « au revoir » en partant. Les dirigeants dans un club doivent apprendre aux jeunes à respecter ceux qui s’occupent d’eux, et, de se respecter entre eux.
Bretagne Foot : « En fait, c’est vraiment une histoire d’amour entre vous et le PAC ? »
Francis Le Gall : « Oui, j’ai véritablement une passion du foot mais également une aussi pour le PAC puisque c’est le club de la commune où je suis né, où j’ai toujours vécu d’ailleurs. Mon fils a également joué au foot ici, et, j’espère que les petits fils qui arrivent vont en faire de même. Donc, je continue (il est toujours trésorier du club) parce que aussi, pour un retraité c’est une ouverture vers l’extérieur. Cela nous permet de rester jeune.
Bretagne Foot : « Comment voyez-vous l’évolution du foot après autant d’années ? »
Francis Le Gall : « Je trouve que le football a progressé énormément en qualité de jeu par rapport à ce que moi j’ai vu au travers du PAC. Il y a un esprit de compétition qui est un peu à l’image de la vie. Au PAC, nous avons la chance d’avoir des éducateurs comme Gilles (Boulouard) et Mickaël (Grall), c’est très bon pour les jeunes mais également pour le club. C’est dans la logique des choses où les parents, et à juste titre à mon avis, deviennent de plus en plus exigeants dans l’encadrement de leurs enfants ».
Bretagne Foot : « Quand vous dites qu’il y a eu une grande évolution dans le foot sur le plan technique, est-ce la même chose au point de vue mentalité, moralité ? »
Francis Le Gall : « Au niveau mentalité, cela a sûrement changé mais, personnellement, je ne vois pas cela comme négatif. Je crois qu’il faut vivre avec son temps même si les gens sont devenus plus individualistes et plus consommateurs de football, il n’en reste pas moins quand même que nous, au niveau du PAC, nous ressentons un esprit d’équipe avec nos 600 licenciés. Je ne suis pas négatif sur ce sujet même si cela a changé, cela a évolué, de toutes façons tout a évolué. Ce que je regrette un peu, c’est au niveau des seniors, cet esprit un peu mercantile qui fait que, maintenant, certains joueurs essaient de monnayer leurs talents. C’est un peu le regret que j’ai.
Les jeunes sont un peu à l’image de ce qu’on leur apprend. Ce que je n’admets pas, là où je ne suis pas d’accord, on peut transférer cela en politique : Quand je vois le Gouvernement qui privilégie la répression au détriment de l’éducation. Je crois que nous prenons les choses par le mauvais bout. La répression n’a jamais solutionné les problèmes. »
Bretagne Foot : « Vous allez resté encore combien de temps au PAC ? »
Francis Le Gall : « J’espère, dans les deux ans qui viennent, pouvoir passer le relais dans de bonnes conditions. J’ai fait là 6 ans comme trésorier, à 66 ans, je trouve normal d’arrêter un poste à responsabilité. Je viens quatre ou cinq fois par semaine à « Trémaïdic » sans compter le dimanche. Mais, même quand j’aurai arrêté mes fonctions, c’est sûr que je reviendrais avec le plus grand plaisir ici. C’est un peu de ma vie. »
Nous remercions vivement Francis Le Gall pour s’être prêté très gentiment au jeu des questions où il s’est très bien exprimé, avec son regard de 50 années de football.
Combien de clubs aimeraient avoir dans leurs dirigeants un homme comme Francis Le Gall ? Il apporte une sagesse, une grande expérience, et, c’est sûr, un regard juste sur le football et son évolution. C’est un élément très précieux au Plouzané AC, c’est également quelque part, la mémoire vivante du club, et, cela est une grande richesse pour les dirigeants actuels.
Reportage de Gisèle Marec pour l'Hebdo Bretagne Football 2006.